Afrique du Sud : Une loi pour protéger les secrets d’Etat de toute publication dans la presse, adoptée à l’Assemblée | Lesinfos.com
Home » Actu, International, Politique

Afrique du Sud : Une loi pour protéger les secrets d’Etat de toute publication dans la presse, adoptée à l’Assemblée

23 novembre 2011 20 687 lecture(s) Un CommentaireBuzzer cet article !

L’Assemblée sud-africaine vient de voter une loi qui ne laisse pas sans réaction. Les membres du parlement ont décidé, à une écrasante majorité lors du vote (229 pour, 107 contre) d’empêcher la divulgation des secrets d’Etat dans la presse, annonce CNN. Si la loi a bien été validée par l’Assemblée elle n’est pas encore officiellement promulguée, puisque la chambre haute du Parlement doit donner son aval et le président Zuma, ratifier le texte.

La loi en elle même est plutôt claire : faire fuiter, communiquer ou même se procurer une information classée “secret d’Etat” est passible d’une peine d’emprisonnement allant jusqu’à 25 ans. Par ailleurs le texte stipule que les élus locaux et nationaux sont libres de classer comme tel, les documents de leur choix. Si un journaliste venait à passer outre cette nouvelle loi, il ne pourrait en aucun cas obtenir gain de cause en faisant jouer l’aspect d”‘intérêt général” des informations divulguées.

Cela ne pose aucun problème au porte parole de l’Assemblée, Keith Khoza : “Cette loi n’a rien à voir avec un musellement de la presse ou de la liberté d’expression. Beaucoup on protesté contre le fait que le texte ne propose pas de clause d’intérêt général, mais cela aurait annulé la loi en elle-même. Si quelqu’un veut accéder à un renseignement légitimement alors il peut le faire grâce à la ‘demande d’accès à l’information‘ (demande officielle auprès du gouvernement pour pouvoir accéder à  une information classée ndlr). Si à ce moment là, cette personne peut démontrer l’intérêt public d’une information, sans qu’elle ne perturbe le fonctionnement de l’Etat, alors elle pourra y avoir accès.

Les opposants aux textes n’auront pas attendu une hypothétique intervention de la chambre haute du Parlement pour se faire entendre. Dans de nombreuses villes du pays, des manifestants, habillés symboliquement en noir, se sont rassemblés pour faire entendre leur mécontentement, évoquant un jour noir pour la liberté de la presse. De nombreux journaux locaux parlent eux aussi désormais du “mardi noir“. Une expression forte qui renvoie au passé du pays et un “mercredi noir” de 1977, durant lequel le gouvernement avait à l’époque censuré deux journaux et plusieurs groupes anti apartheid.

Nous sommes effondrés” a déclaré au journal Sowetan Mondli Makhanya, le président du Forum des rédacteurs en chef sud-africains. ” Jamais nous n’aurions pensé venir un jour devant le parlement, habillés en noir et être témoin de cette trahison qui a été faite à notre Constitution (…) Nous irons voir les plus hautes institutions du pays si Zuma promulgue la loi, mais nous osons espérer qu’il reviendra à la raison et ne signera pas le texte quand il l’aura sous les yeux”.

Même si cela ne changera pas les choses, les opposants à cette loi peuvent compter sur l’appel de certains parlementaires “renégats”, qui souhaiteraient que la loi soit retravaillée avant d’être soumise à un nouveau vote. Parmi eux, Ben Turok, qui a quitté la chambre au moment du vote (comme une trentaine de ses semblables) et qui s’est expliqué auprès du journal sud-africain The Star: “Cette loi est contentieuse et très compliquée et a besoin d’être traitée avec plus d’attention (…) Il y a des problèmes d’éthique et de valeur dans ce texte. D’un côté, elle propose de bonnes choses en matière de droits humains et de liberté d’expression, mais la seconde moitié du texte pose des problèmes sur les questions de divulgation de l’information. On dirait qu’il y a deux lois dans une seule”, déplore-t-il. L’homme, qui est aussi professeur en dehors du parlement, affirme par ailleurs avoir soumis le texte à des experts en droit qui lui ont affirmé que certains amendements étaient purement et simplement anticonstitutionnels. “En tant que, je l’espère, membre du parlement et homme du peuple responsable, je demande à mes collègues de ne pas se précipiter avec ce texte. Prenons notre temps, organisons d’autres séances de travail, lisons le texte plus attentivement et réglons ces problèmes, mettons à jour les contentieux et les raisons de ces tensions” conclut-il.

Le retour en arrière sur cette loi est par ailleurs demandé par deux éminents sud-africains et anciens lauréats de Prix Nobel, Nadine Gordimer (Littérature) et Desmond Tutu (Paix), précise Reporters Sans Frontières. L’ONG s’est d’ailleurs fendue d’un communiqué on ne peut plus clair sur son avis par rapport à la loi : “Si la classification de documents sensibles est compréhensible, elle doit être très clairement définie, limitée et ne pas menacer la liberté d’informer ni celle des journalistes. Or, cette loi met en péril le journalisme d’investigation, et menace la liberté de la presse pourtant garantie par la Constitution. Si la loi était définitivement promulguée, il s’agirait d’un coup très dur pour les journalistes de ce pays, connus pour avoir l’une des presses les plus vibrantes du continent. C’est son statut de modèle régional que l’Afrique du Sud est en train de mettre en jeu”.

Tags : , , , , , , , ,

A lire aussi dans l'actu :
  • Les Infos.com revient bientôt dans une nouvelle version
  • Afghanistan : 10 ans, et après ? (débat vidéo du CICR)
  • Syrie : Le régime ne veut rien entendre
  • Afrique du Sud : Une loi pour protéger les secrets d’Etat de toute publication dans la presse, adoptée à l’Assemblée
  • Haïti : Un rapport de Human Rights Watch dénonce les conditions de vie des femmes dans l’après-séisme
  • Libye : débat autour du futur jugement de Saïf al-Islam Kadhafi
  • Egypte : les manifestations prennent de l’ampleur, le gouvernement offre sa démission
  • Cambodge : les trois derniers chefs khmers rouge face à leurs victimes
  • Au Liban, l’immobilier met en péril le patrimoine archéologique
  • Libye : Le Conseil national de transition devrait remettre Saïf al-Islam Kadhafi à la CPI
  • Imprimer cet article Imprimer cet article

    Un Commentaire »

    • Weight Training Routines Blog said:

      Les Secrets La Loi…

      [...] r en arrière sur cette loi est par ailleurs demandé par deux éminents sud-afr [...]…

    Laissez-votre commentaire!

    Add your comment below, or trackback from your own site. You can also subscribe to these comments via RSS.

    Be nice. Keep it clean. Stay on topic. No spam.

    You can use these tags:
    <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

    This is a Gravatar-enabled weblog. To get your own globally-recognized-avatar, please register at Gravatar.