Egypte : les manifestations prennent de l’ampleur, le gouvernement offre sa démission
Visiblement, les manifestants égyptiens ne se satisferont pas de la seule proposition de démission du gouvernement de transition. Au contraire, l’annonce faite hier par le cabinet gouvernemental a provoqué un nouvel appel à se réunir  place Tahrir. Les violents affrontements avec la police,  les morts et les blessés qui en découlent n’entament visiblement pas l’ardeur des opposants au régime. Depuis quatre jours ils sont des milliers à converger régulièrement vers la place pour réclamer le départ de l’armée du pouvoir et surtout qu’un projet d’amendement permettant au budget de la Défense d’échapper au contrôle du parlement soit définitivement jeté aux oubliettes.
Jour après jour, les heurts se radicalisent explique le quotidien algérien Liberté qui fait état de 33 morts pour la journée d’hier, alors qu’au tir de grenades lacrymogènes de la police, la foule répond en réclamant l’exécution du maréchal Hussein Tantaoui, chef du conseil des armées et donc dirigeant implicite de l’Egypte aujourd’hui. Si une telle demande ne trouve évidemment aucun écho à l’international, le nouveau soulèvement du peuple égyptien est soutenu et légitimé par les ONG et la communauté internationale de manière générale. Amnesty International dressait ce matin le bilan catastrophique du régime militaire mis en place depuis la chute de Moubarak : “En faisant comparaître des milliers de civils devant les tribunaux militaires, en réprimant les manifestations pacifiques et en élargissant le champ d’application de la législation d’urgence, le Conseil suprême des forces armées perpétue la tradition du régime répressif que les manifestants du 25 janvier ont combattu si durement” expliquait Philip Luther, directeur adjoint du programme Afrique du Nord et Moyen-Orient de l’organisation. “Le bilan en termes de droits humains du Conseil suprême des forces armées, après neuf mois à la tête de l’Égypte, montre que les objectifs et les aspirations de la Révolution du 25 janvier ont été écrasés. La réponse brutale et autoritaire face aux manifestations ces derniers jours présente toutes les caractéristiques de l’ère Moubarak (…) Afin que l’on assiste à une véritable transition vers la nouvelle Égypte, que les manifestants réclament, le Conseil suprême des forces armées doit relâcher son emprise sur la liberté d’expression, d’association et de réunion, lever l’état d’urgence et cesser de traduire les civils devant des tribunaux militaires” a-t-il conclu.
A une semaine du premier tour des élections législatives, il est difficile d’imaginer comment la situation pourrait se calmer et l’on craint même que le scrutin puisse faire empirer les choses. Le salut viendra peut-être des Frères musulmans, l’organisation politique de loin la plus organisée et expérimentée en Egypte. Bien que soutenant évidemment le “combat” des manifestants à l’encontre du gouvernement de transition militaire, le parti a décidé de se désolidariser des rassemblements de la place Tahrir et au contraire d’accepter de renouer le dialogue avec l’armée indique L’Express. Cela s’apparente à une tentative certaine de se poser en exemple pour la population et de l’inciter à écouter ce que le pouvoir militaire souhaite expliquer et négocier. Cette position de “sauveurs” qui leur tend les bras, pourrait, en cas de succès, permettre aux Frère musulmans d’obtenir une confortable victoire lors des prochaines échéances électorales où ils sont déjà considérés comme favoris.
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