Au Liban, l’immobilier met en péril le patrimoine archéologique
Minet El-Hosn (port de la forteresse en français), centre ville de Beyrouth. Au coeur de ce quartier de la capitale libanaise se cache peut-être l’une des plus importantes découvertes archéologiques qui ait été faite dans le pays : les vestiges d’un port phénicien dont l’origine remontrait au Veme siècle avant JC. Un tel site déterré dans la région est une première et témoigne surtout de l’importance commerciale de cette partie du globe durant les ères phéniciennes et romaines. Pourtant ces vestiges, aussi importants soient-ils historiquement, pourraient être rayés de la carte à tout jamais si un projet immobilier est mené à terme.
Venus Real Estate Development Co, une agence immobilière libanaise a en effet d’autres plans pour cette zone précise de la ville. Un projet de taille : la construction de 3 tours dédiées à des appartement de grands standings ( de 250m² à 650 m²) sur un terrain de 7510 m². Un chantier colossal, dont le coût s’élèverait à 500 millions de dollars américains, qui pourrait bien noyer l’ancien port phénicien dans le béton.
Pour parvenir à ses fins, l’agence immobilière semble prête à tout, même à nier l’évidente importance de la découverte des vestiges du port, en la banalisant et surtout en affirmant qu’il ne s’agit en aucun cas de constructions datant de 500 avant J.C. Pour ce faire, explique un article du site Libanews qui révèle l’affaire, Venus Real Estate Development Co compte sur l’expertise de l’archéologue Hans Corverz qui, selon la journaliste Marie-Josée Rizkallah, est “connu dans les sphères archéologiques pour sa ‘loyauté’ aux entrepreneurs de Venus Real Estate, ainsi que Solidère et consort (compagnie pour la reconstruction et le développement de Beyrouth ndlr). Petite piqûre de rappel, Hans Corverz est conseiller chez Solidère, et a dirigé une centaine de fouilles qui n’ont été ni préservées, ni archivées, ni publiées”. Sur ce chantier précis, son avis va évidemment à l’encontre d’une très large majorité des archéologues, intéressés par le site, que ce soit Hicham Sayegh, à l’origine de la découverte et qui dirigeait les recherches pour le compte de la Direction Géographique de l’Armée Libanaise, ou bien encore Martine Francis-Allouch, archéologue terrestre et sous-marine, Eric Gottwalles, spécialiste en archéologie marine, Janine Abdelmassih, archéologue et conservatrice, Anis Chaaya, chercheur en archéologie médiévale, et une archéologue de l’université roumaine de Jasi, pour reprendre la liste dressée par Libanews.
Le principal problème pour Venus Real Estate, est néanmoins le classement du terrain en question sur la “Liste Officielle Libanaise des Monuments Classés et Inscrits Monuments Historiques et Sites” par l’ancien ministre de la Culture, Salim Wardé. Cela empêcherait toute construction sans l’accord préalable de la DGA. Mais cela ne semble pas entamer l’ambition de l’agence immobilière qui a d’ores et déjà transmis une proposition au nouveau ministre en place Gaby Layoun. Cyniquement, VRE propose de “déplacer” une partie des vestiges dans l’un des futurs jardins prévu au milieu des tours, pour célébrer “l’importance historique” du site. Le tout ayant été au préalable découpé en blocs de 5 à 8 tonnes pour faciliter le transport des pierres. Le ministre a pour le moment démenti avoir donné son accord définitif à VRE qui, de son côté, a bouclé les questions de financement et n’attend plus que le feu vert gouvernemental pour envoyer les pelleteuses sur place.
Afin d’empêcher un site d’une importance historique et culturelle rare de disparaître sous un complexe de luxe, une pétition (en anglais) a été lancée par l’association Protect Lebanes Heritage afin de sensibiliser l’opinion publique sur la destruction de son patrimoine.
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Une excellente réaction à ce même sujet a été publiée ce matin sur Libanews
Je vous invite à la lire ici: http://libnanews.com/2011/11/21/tribune-libre-port-ou-meme-carriere-a-beyrouth-un-patrimoine-mondial-de-l%E2%80%99humanite-a-proteger/
En tout cas, tout doit être fait pour sauvegarder le patrimoine archéologique libanais. Il faudrait pour cela lancer un appel à la communauté internationale de prendre en charge cette question, puisque l’administration locale semble être l’une des plus corrompue.
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