Arrestation en Egypte du journaliste Karim El Fawal
Le journaliste égyptien Karim El Fawal a été arrêté hier au Caire avec son caméraman. Depuis relâché, il sera toutefois jugé le 20 octobre prochain par un tribunal militaire. Nous relayons ici le courriel qu’il nous a adressé pour alerter les médias et les populations sur les conditions d’exercice des journalistes en Egypte.
« Je suis parti en tournage le 11 octobre 2011 au matin avec mon caméraman Zeyad Hossam Eldin Ahmed El Sayed. La mission était de tourner une séquence d’un reportage pour l’émission l’Effet Papillon produite par l’Agence CAPA, et diffusé sur Canal +.
Il était question de tourner une trentaine de manifestants qui protestaient contre la comparution de citoyens civils devant des tribunaux militaires d’exception et dont les verdicts n’ont pas d’appels.
Nous avons à peine travaillé 2 minutes, et j’ai vu un militaire, lieutenant, se rapprocher du camera man Zeyad Hossam Eldin Ahmed El Sayed. Il demandait de visionner les rushes.
Au bout de 30 secondes, pris de rage, le lieutenant a arraché la caméra et a commencé à nous offenser oralement “vous avez tourné une zone militaire sans autorisation”, j’ai sorti ma carte de presse égyptienne sur laquelle c’est écrit que je suis le correspondant de CAPA. Mais il a refusé de la regarder. Et il a demandé “une autorisation de l’armée égyptienne”.
Je tiens à préciser que nous avons tourné les manifestants dans la rue, qui apparaissent à un moment donné, devant l’entrée du tribunal militaire. Et c’est le plan qui a énervé l’officier qui criait “Vous serez jugé avec deux chefs d’accusation, filmer une zone militaire sans autorisation de l’armée et fomentation de la population contre l’armée”. La deuxième charge a été annulée.
L’officier a appelé une quarantaine de policiers militaires qui nous ont arrêtés violemment, mais l’offensive s’est calmée au bout de quelques secondes quand ils ont vu que nous ne manifestions aucune résistance.
Nous étions amenés à une anti chambre dans un bâtiment, et nous avons attendu avec des prisonniers, menottés, nous avons appris plus tard que c’était une partie de ceux qui avaient attaqué l’ambassade d’Israël au Caire le 9 septembre 2011.
J’ai prié un soldat d’aller aux toilettes, mais ma demande a été refusée.
Au bout d’une heure, un militaire est entré souriant avec la caméra à la main (micro canon cassé), pour présenter ses excuses, et nous expliquer qu’il comprend tout à fait que nous faisons notre travail et qu’il cherchera nos téléphones portables et nos cartes nationales confisqués peu après notre arrestation, pour nous libérer. Mais à ce moment-là le lieutenant qui avait visionné les images est entré et a insisté à nous traduire devant le parquet militaire.
Nous avons été amenés vers une salle plus confortable avec un salon et une table.
Dans ce salon, un jeune avocat égyptien Maitre Rami Ghanem, nous a été envoyé par les manifestants qui avaient assisté à notre arrestation.
Ensuite le substitut un Lieutenant-Colonel en uniforme militaire m’a convoqué seul pour commencer l’interrogatoire.
Après les formalités, date, heure, adresse âge… Il a lu le chef d’accusation : “Tourner une zone militaire sans autorisation”. J’ai plaidé non coupable.
Ensuite il a posé des questions sur les circonstances et le motif de l’arrestation.
J’ai répondu que nous étions en train de “tourner les manifestants et puis les manifestants ont changé de position pour donner le dos au tribunal et en les suivant, par la caméra, on aperçoit le tribunal en arrière-plan du plan”.
Il m’a demandé : “vous étiez à combien de mètres de l’enceinte du tribunal?”
J’ai répondu : “15 mètres environ”.
Il m’a demandé de signer l’interrogatoire, et il ne m’a pas proposé de le lire. Mais l’avocat bénévole m’a fait un signe de la tête pour signer.
Ensuite mon collègue Zeyad, a été convoqué, et j’ai été renvoyé vers le salon.
Au bout de 30 minutes, j’ai été convoqué de nouveau, et l’officier substitut, nous a fait signer un avis d’audience militaire qui se déroulera le 20 octobre le matin. La cassette a été confisquée et mise dans une petite enveloppe qui a été fermée à la cire rouge tamponnée. Nous avons compris qu’elle servira de preuve contre nous.
Zeyad et moi, serons jugés le 20 octobre 2011 devant des juges militaires. Procès dont les verdicts sont sans appels, juste parce que nous étions en train de faire notre travail d’information.
Nous condamnons ce procès, notre interrogatoire et tout procès militaire contre les journalistes, mesures qui ne sont qu’une manière de nous intimider et d’intimider toute la presse étrangère en Egypte. »
Karim El Fawal
Zeyad Hossam Eldin Ahmed El Sayed
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