Syrie : le double veto enfonce un peu plus la révolution et promet le chaos sur place
Nouvel échec. Une nouvelle fois, les membres du conseil de sécurité de l’ONU ne sont pas parvenus à un accord concernant la Syrie. Après des semaines de discussions, la plupart des pays membres pensaient avoir convaincu la Russie et la Chine, réticents depuis le départ à des sanctions à l’encontre de Bachar Al-Assad, de donner finalement leur feu vert. Il n’en est rien, les deux pays ont exercé une nouvelle fois leur droit de veto lors du dernier vote du conseil. Une décision qui déçoit et agace fortement le Quai d’Orsay.
“Ce veto ne nous arrêtera pas”
A commencer par Gérard Araud, représentant permanent de la France au Nations Unies : “Qu’on ne s’y trompe pas, ce veto ne nous arrêtera pas. Aucun véto ne peut donner blanc seing à des autorités syriennes qui ont perdu toute légitimité en assassinant leur propre peuple. Les appels de la Ligue Arabe à faire cesser l’effusion de sang, les déclarations des pays du voisinage, les souffrances du peuple syrien montrent bien que ce véto est à contre-sens de l’histoire qui se déroule en Syrie et dans toute la région“. Alain Juppé a lui aussi réagi, de façon plus tempérée, sur le site du ministère :  ”Il devait s’élever contre un dictateur qui massacre son peuple et cherche à étouffer l’aspiration légitime des Syriens à la démocratie. La France, avec ses partenaires, a tout tenté pour proposer au Conseil de Sécurité un texte fort mais qui puisse répondre aux préoccupations de tous. Certains ont décidé de mettre leur veto. C’est un triste jour pour le peuple syrien. C’est un triste jour pour le Conseil de Sécurité“. Toutefois le ministre des Affaires Etrangères conclut sur une note d’espoir, ajoutant que “la lutte des démocrates syriens pour la liberté est un juste combat. La France continuera à le soutenir fermement avec tous les pays qui le souhaitent“.
D’étroits liens russo-syriens
A l’origine de ce veto, il y a les intérêts financiers de la Russie. Ignace Leverrier, ancien diplomate et désormais blogueur sur la plateforme du Monde soulignait il y a quelques mois l’importance des “relations économiques” de Moscou “avec Damas, dans le secteur militaire en particulier” . ” [La Russie] aimerait lui vendre les avions civils dont la compagnie nationale syrienne a besoin pour remplacer ses vieux Boeing en bout de course, que l’embargo décrété par les Etats-Unis sous la présidence de George W. Bush lui interdit de remplacer que ce soit par des appareils américains ou européens”. Autant dire que s’aligner sur la même position que la majorité des pays membres du conseil de sécurité, serait pour les Russes, l’assurance de perdre de précieux contrats. D’où un premier veto. Quant à la Chine, elle est fortement liée à la Russie dans de nombreux domaines, notamment du côté du secteur énergétique : Moscou et Pekin ont signé des accords l’an dernier pour que la Russie fournisse pétrole et hydrocarbures à la Chine. Cette importante réunion avait également abouti à une coopération diplomatique. Il y avait donc peu de chances que la Chine s’écarte de la position prise par son voisin.
Le risque de violences s’accroît
Cet énième refus de la Russie et de la Chine de toute pression concrète sur Bachar Al-Assad est en tout cas un nouveau coup dur pour l’ONU et surtout pour les révoltés syriens qui voient petit à petit leurs espoirs d’obtenir des réformes s’envoler. La répression orchestrée par l’Etat, autrement plus sanglante et virulente qu’en Tunisie ou en Egypte, semble finalement porter atteinte à la rébellion qui s’essouffle petit à petit, après des semaines de révolte. D’un autre côté, les insurgés les plus radicaux qui ne souhaitent pas se plier à la brutalité du pouvoir se résignent à prendre les armes, grâce à des soldats syriens qui ont décidé de changer de camp. Un choix qui pourrait faire sombrer définitivement le pays dans le chaos, sans que personne autour ne puisse intervenir.
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