Libye : le CNT s’est-il-trompé en évoquant les 1700 corps retrouvés dans un charnier ?
Le 25 aout, des rebelles libyens auraient découvert un charnier contenant les corps de 1700 prisonniers de la prison d’Abou Salim. Des détenus qui auraient été abattus par les gardes de la prison lors d’une tentative de mutinerie.
Si ce massacre perpétré en 1996 n’est pas contesté, les ossements retrouvés près de la prison n’auraient rien à voir avec ce sombre épisode du règne de Kadhafi. Dans le journal Libération daté du 27 septembre 2011, le journaliste Jean-Louis Touzet, qui s’est rendu sur place, met à mal la version du CNT. Les restes retrouvés seraient en fait issus d’animaux, notamment des dromadaires. Le rédacteur de l’article déplore d’abord le manque de moyens mis en oeuvre pour ces fouilles (pas d’équipe médicale pour authentifier les corps, ni de pelle mécanique pour les recherches dans le sol). Mais surtout, il critique “l’emballement” du CNT dans cette histoire, qui, persuadé d’avoir mis la main sur les victimes du massacre, a tendance a interprêter les trouvailles à sa façon. Des cordes pour entraver les animaux sont “transformés” en liens pour menotter les prisonniers par exemple. Si les corps du millier de victimes sont enterrés quelque part, il y aurait finalement peu de chance que ce soit sur ce terrain.
Cet épisode mensonger, s’il vient à se confirmer, soulève plusieurs questions : le CNT a-t-il commis une erreur, pensant de façon presque naïve avoir découvert les corps des victimes, ou bien a-t-il menti délibérément ? Si la seconde hypothèse venait à se confirmer, cela remettrait une fois de plus au centre des préoccupations la guerre des images et de l’instrumentalisation de la presse, comme cela se retrouve dans certains conflits comme celui qui oppose Israël à la Palestine. Le CNT, soutenu par l’OTAN, bénéficie d’une image globalement positive, puisque son combat contre le régime de Kadhafi paraît être une cause juste sur la majeure partie du globe.
Dans quelle mesure manipuler la presse à coup de fausses informations serait une technique rentable ? On se souvient que le CNT a annoncé à plusieurs reprises avoir capturé ou bien tué des fils ou des proches du régime de Kadhafi. Des informations qui se sont révélées fausses la plupart du temps. Le but est compréhensible, il s’agît d’affaiblir l’armée fidèle à Kadhafi en lui faisant croire que ses chefs tombent petit à petit. Dans le cas de la “fausse” découverte des corps, accabler encore un peu plus le dictateur libyen vise sûrement à essayer de lui enlever ses derniers supporters. Reste que si la guerre psychologique est une arme comme une autre et à l’avantage d’être beaucoup moins sanglante, la manipulation de la presse n’est en aucun cas une méthode louable pour parvenir à ses fins. Répéter ce stratagème pourrait même lui faire perdre tout crédit sur la scène internationale. D’autant plus que le CNT a d’ailleurs été rappelé à l’ordre par plusieurs ONG pendant les combats, notamment sur les questions de violences et de traitement des prisonniers.
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