La Chine soupçonnée d’avoir vendu des armes à Kadhafi
Des fabricants d’armes chinois ont-ils aidé le régime de Kadhafi à s’armer pour repousser les rebelles ? La question se pose depuis ce week-end et la révélation par le journal canadien The Globe and Mail de l’envoi en Chine d’une délégation libyenne qui avait pour but de se procurer du matériel de guerre. Une pratique en principe formellement interdite par l’ONU, qui avait proscrit toute vente d’arme au dictateur via la résolution 1970.
Du côté de la Chine, la réponse est franche et sans équivoque. Le ministre des Affaires Etrangères a confirmé au journal que des émissaires du colonel Kadhafi s’étaient bien rendus sur place à la mi-juillet dans le but de rencontrer des fabricants d’armes, contrôlés par l’Etat. Mais il insiste aussi sur le fait que cette rencontre n’a pas abouti à une vente ou à un quelconque arrangement. Rien n’a été signé selon lui. Une porte-parole du gouvernement d’Hu Jintao a même ajouté que les discussions n’avaient rien d’officielles, que les homes de Kadhafi avaient agi clandestinement pour rencontrer les industriels, qui n’avaient, eux, reçu aucune autorisation pour négocier une vente.
Pourtant, le journal fait état de l’existence d’un mémo de 4 pages, qui expliquerait que les émissaires de Kadhafi se sont rendus en Chine, via un vol régulier de la compagnie Lufthansa et séjourné dans un hôtel de Pékin, leur voyage ayant été organisé par un militaire libyen déjà présent à la capitale. Il est stipulé sur le document que les sociétés potentiellement vendeuses souhaitaient que tout se fasse dans la plus grande confidentialité, sans préciser toutefois si le gouvernement chinois était ou non au courant de la rencontre. On peut lire également sur ce document (imprimé sur du papier à lettre officiel du régime Kadhafi) : “Le peuple de la République de Chine est notre ami et nous avons déjà par le passé importé différents types de munitions, d’armes et d’équipement venant de lui (comme l’ont mentionné les représentants de deux compagnies durant notre dernière rencontre)“. La vente d’armes serait ainsi estimée à 200 millions de dollars. Le document ne précise toutefois pas si l’affaire a été conclue.
Du côté du CNT on se montre bien évidemment scandalisé par les révélations du journal. Un des portes paroles, Abdulrahman Busin, explique à CNN que le Conseil National de Transition “a en sa possession plusieurs documents montrant des commandes, de très importantes commandes. Désormais nous savons que certaines choses qui se trouvaient sur ces listes, sont présentes en Libye et elles sont arrivées dans les six derniers mois”. Mohamed Sayeh, ancien ministre de Kadhafi, désormais membre actif du CNT, s’emporte, avec une pointe d’ironie : “Ce sont des vendeurs d’armes contrôlés par l’Etat et ce dernier dit qu’il n’est pas au courant?” avant d’affirmer que “cette transaction a eu lieu, nous avons vu des documents officiels, les armes et les munitions ont transité par Alger avant d’être expédiées en Libye“. Le ministre des Finances et du Pétrole du conseil, Ali Tarhouni, est lui plus tempéré, mais annonce que “si le gouvernement chinois a effectivement vendu des armes à Kadhafi, alors les relations entre les deux pays s’en trouveront affectées.”
Imprimer cet article












Laissez-votre commentaire!