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Journée internationale des disparus : “Pour qu’une famille puisse réellement faire le deuil, elle à besoin d’une confirmation claire”

30 août 2011 1 555 lecture(s) Aucun CommentaireBuzzer cet article !

Guerres et conflits, ne se chiffrent pas seulement en nombre de morts. Pour certaines familles, il faut se contenter d’entendre dire qu’un proche est “porté disparu”. Une situation difficile à accepter et surtout difficile à vivre. Pour empêcher à toutes ces personnes demeurant introuvables, de sombrer dans l’oubli, l’ONU a crée la Journée Internationale des personnes disparues. Un geste “symbolique” qui tient à mettre en avant l’inquiétude des Nations Unies quant à la multiplication d’enlèvements et de disparitions qui se produisent durant les conflits armées. Le groupe de travail sur les disparitions involontaires de l’ONU soulignait par ailleurs que “les victimes de disparition forcée, dont on ignore où elles se trouvent et quel est leur sort, ne devraient pas être rappelées à notre souvenir seulement une fois par an. Chaque jour devrait être une Journée des personnes disparues”. Pour lutter contre ce fléau inhérents aux guerre, l’ONU a aussi fait adopter une convention sur les disparitions forcées. Ce genre d’agissement peut désormais être considéré comme un crime contre l’humanité.

Dans son combat, l’ONU est rejoint par de nombreuses organisations. Amnesty International s’était par exemple particulièrement intéressé à la disparition d’Ibni Oumar Mahamat Saleh, le 3 et février 2008, scientifique et surtout grand opposant au régime tchadien , enlevé par les autorités en 2008. L’ONG avait publié un interview de son fils, Oumar Mohammed Ibni, alors sans nouvelle de son père depuis plus d’un an. Malheureusement, peu de temps après, Ibin Oumar Mahamat Saleh sera officiellement déclaré mort.


Le Comité International de la Croix Rouge tient lui aussi un rôle prépondérant au sein de cette lutte contre les disparitions forcées. Déjà auteur d’un rapport intitulé “Personnes portées disparues - Une tragédie oubliée” le CICR aide aussi des milliers de personnes dans leur démarches afin de faire la lumière sur la disparition de leurs proches. Dorothea Krimitsas, porte-parole au CICR revient sur le travail permanent mené par la Croix-Rouge dans ce domaine.

D’ou vient l’initiative de cette Journée internationale des personnes disparues ?

L’initiative ne vient pas du Comité International de la Croix Rouge (CICR) puisque c’est une journée instaurée par les Nations-Unies. Le CICR est une organisation indépendante, nous ne faisons pas partie du système des Nations-Unies. Mais le travail sur la clarification du sort des personnes disparues ainsi que l’assistance à leurs familles est pour nous une priorité, c’est un de nos domaine d’activité parmi les plus important. Nous décidons donc tout les ans d’éclairer un des angles particulier de cette problématique et cette année, nous avons choisi de nous pencher sur les familles qui cherchent à savoir ce qu’il est advenu de leurs proches disparus principalement lors de conflits armées.

Quelles sont concrètement les actions que vous mettez en place à travers le monde ?

Nous offrons aux familles, la possibilité de venir nous voir et de signaler une disparition et par la suite d’entreprendre des démarches afin de retrouver une personne disparue. Notre rôle en tant qu’organisation humanitaire est de lancer des recherches dans les lieux auxquels d’autres n’ont pas accès, à savoir des prisons, mais aussi auprès d’autorités qui peuvent détenir des informations sur les circonstances de certains évènements dans les conflits armées. Mais cela implique aussi, un travail, une coordination, avec d’autres acteurs comme les Sociétés Nationales de la Croix Rouge ou du Croissant Rouge. En clair notre intervention se fait à plusieurs niveaux, bien sur au niveau de la prévention mais également au niveau de la prise en charge des familles puisque nous aidons, lorsque un gouvernement ne dispose pas de tous les moyens pour le faire, les familles à pouvoir vivre dans la dignité. Il s’agit aussi de reconnaître la souffrance de ces familles. Pour qu’une famille puisse réellement faire le deuil, elle à besoin d’une confirmation claire, mais aussi d’avoir des explications sur les circonstances de la disparition ou du décès, ce qui très souvent est difficile à obtenir. C’est donc un long processus administratif qui mènera à la reconnaissance de droits économiques, d’une assistance sociale auxquels ces familles n’avaient pas le droit, tant qu’il n’y avait pas reconnaissance officielle du décès de la personne disparue.

Justement est-ce que ce statut de neutralité vous offre un avantage sur d’autres organisations ?

Oui le statut particulier du CICR, qui est une organisation internationale disposant d’un statut de droit privé, nous offre un avantage. Nous ne sommes pas une ONG. Nous avons été mandaté par les Etats signataires des conventions de Genève qui s’appliquent en temps de guerre et de conflits armées afin d’effectuer un travail humanitaire sur la base même de ces conventions. Il est donc important de souligner le fait que le CICR, en tant qu’organisation neutre parle à toutes les parties en présence dans un conflit, cela nous donne cette possibilité d’agir puisque nous avons réussi à construire des liens de confiance avec tout les acteurs au conflit. Nous n’intervenons pas, en tant que mandataires de la communauté internationale, à l’inverse de l’ONU qui intervient dans certains conflits. Nous intervenons de manière indépendante. C’est donc sur cette base purement humanitaire que nous parvenons à développer un dialogue avec différentes personnes et par la suite cela nous permet d’avoir un accès très souvent privilégié dans certaines zones de conflits et dans les lieux de détentions.

Le CICR peut-il compter sur les soutiens des différents gouvernements, dans les pays ou il entreprend ses recherches ?

Nous ne pouvons pas intervenir dans un pays quelconque, sans qu’il y ait une acceptation de la part des autorités en place, que ce soit un gouvernement ou parfois différents groupes qui administrent un certain territoire. Prenons l’exemple du conflit Iran-Irak dans les années 80-88 où nous étions intervenus sur la base des conventions de Genève mandaté pour le faire. Nous avions pu faire des visites aux prisonniers de guerre des deux cotés, nous sommes donc dans un cadre d’acceptation du mandat puisque les Etats avaient signé les conventions de Genève. Nous avons parfois d’autres cas de figures ou des autorités en place n’ont pas signé ces mêmes conventions, tout simplement parce qu’elles ne sont pas des Etats. Dans ce schéma là, nous devons négocier avec ces autorités pour intervenir et cela notamment quand les conflits armés ne sont pas des conflits armées internationaux. Par ailleurs nous avons des conditions très strictes dans les négociations. Nous n’allons pas faire des concessions sur la façon dons nous travaillons. On ne va pas aller en deçà de certaines conditions qui sont les garantes d’un travail humanitaire pertinent et qui aura une valeur ajouté. On ne pourrait pas se permettre d’intervenir sous pressions de qui que ce soit.

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