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Le défi humanitaire du Soudan du Sud

29 août 2011 1 215 lecture(s) Aucun CommentaireBuzzer cet article !

Les Infos.com relatait il y a moins de deux mois la naissance du Soudan du Sud. Aujourd’hui, le Comité International de la Croix-Rouge (CICR) publie sur son site internet une interview de Daniel Duvillard, chef des opérations du CICR pour la Corne de l’Afrique. Celui-ci décrit les défis humanitaires auxquels doit faire face ce nouvel Etat.

Vous étiez sur place lors de l’indépendance du pays le 9 juillet. Que retenez-vous de ce moment ?

Ce fut un moment historique et fort. C’était émouvant de voir toute une population exprimer l’espoir que la paix s’installe enfin au Soudan du Sud. Pourtant, cette paix, on ne la voit pas encore. Le pays connaît toujours de fortes tensions internes. Les violents combats qui opposent l’armée nationale – l’ancienne SPLA (Armée populaire de libération du Soudan) – à des groupes d’opposition armés, principalement le long de la frontière avec le Soudan, ainsi que des accrochages tribaux dans l’est, dans l’État de Jonglei, ont provoqué le déplacement de milliers de personnes.

Quels sont les plus grands besoins humanitaires dans le Soudan du Sud ?

Il y a d’une part les besoins urgents qui découlent de la violence armée ou des catastrophes naturelles, comme l’accès à la nourriture et à l’eau pour les personnes déplacées. À cela s’ajoute le retour de dizaines de milliers de Sud-Soudanais du nord, qui ont besoin d’être aidés pour démarrer leur nouvelle vie. Et il y a aussi un déficit en termes de fourniture de services publics qui limite l’accès de la population aux soins de santé, à l’éducation, ou simplement à une eau potable.

Les organisations humanitaires ont par conséquent un rôle important à jouer, car on ne peut pas attendre du nouveau gouvernement qu’il soit en mesure d’assumer rapidement et complètement ses responsabilités dans ces domaines. Ces organisations sont d’ailleurs très présentes dans le Soudan du Sud. On compte par exemple plus de 130 organisations travaillant dans le domaine de la santé, et un nombre plus ou moins équivalent dans le domaine de l’eau.

Est-ce que cela veut dire qu’il y de grandes attentes vis-à-vis des organisations humanitaires ?

La majorité des organisations humanitaires sont présentes au Soudan depuis des dizaines d’années ; la population les connaît bien. Mais je pense que les attentes de la population sont maintenant plus grandes vis-à-vis du gouvernement. D’un autre côté, le gouvernement a des capacités limitées et va probablement attendre davantage des organisations, notamment qu’elles soutiennent la mise en Å“uvre de ses projets, ainsi que ses objectifs. Je pense que le gouvernement devra principalement fournir un cadre dans lequel les organisations humanitaires pourront évoluer. De leur côté, ces dernières devront s’assurer que leurs activités contribuent au développement des capacités du nouvel État.

Qu’est-ce que cela signifie pour le CICR ?

Le CICR continuera de travailler principalement dans le cadre de son mandat, qui consiste à répondre rapidement et du mieux possible aux besoins urgents en cas de conflit armé ou d’autres situations de violence.

Nous devons par exemple aider les blessés. Nous avons maintenant une présence permanente à l’hôpital de Malakal. Nous y avons installé une équipe chirurgicale qui peut travailler comme unité mobile et intervenir sur le terrain, comme récemment à Nasir où sont arrivés des dizaines de blessés des attaques du Jonglei, et qui ont été soignés ensemble par le CICR et Médécins Sans Frontières. Il faut aussi répondre aux besoins des personnes déplacées en nourriture, en eau et en mesures d’hygiène. Toutes ces activités font partie du mandat traditionnel du CICR.

Par ailleurs, il faut évidemment que ces activités d’urgence s’accompagnent de programmes à plus long terme dans les mêmes régions. Des milliers de déplacés internes seraient arrivés dans l’État de Jonglei, théâtre la semaine dernière de d’affrontements particulièrement meurtriers, l’État d’Unité et d’autres régions, et les communautés résidentes qui les accueillent ont aussi besoin d’un soutien. Nous avons déjà mis en place plusieurs petits programmes, notamment d’aide à la production alimentaire, de distribution de semences et d’outils, ou de vaccination du bétail, et nous avons commencé à réparer les infrastructures d’approvisionnement en eau.

À titre d’exemple, une grande infrastructure à Akobo, dans le Jonglei, a été remise en état afin de desservir 55 000 personnes. La production d’eau fonctionne à l’énergie solaire, ce qui constitue un avantage énorme pour la population en termes de coût et d’entretien.

Et il y a un autre aspect. Ce nouvel État peut maintenant adhérer aux conventions internationales. Celles qui nous intéressent bien évidement sont celles qui sont liées au DIH et nous allons soutenir le gouvernement sud-soudanais pour qu’il devienne partie à ces instruments.

Existe-t-il une nouvelle Société nationale au Soudan du Sud ?

Effectivement, c’est la Croix-Rouge du Soudan du Sud, qui mérite qu’on la soutienne et qu’on l’aide à se développer. Elle est composée d’un secrétariat et de dix branches du Croissant-Rouge soudanais qui existaient déjà avant le 9 juillet. La séparation de la Société nationale première en a été facilitée et aujourd’hui, la structure est déjà en place et opérationnelle. Dès la proclamation de l’indépendance, la nouvelle Société nationale a changé d’emblème. Elle est présente dans chacun des dix États du pays et possède une importante base de volontaires. Par sa proximité avec la population, elle peut fournir de nombreux services et il est vraiment dans l’intérêt du CICR et de l’État de l’accompagner dans son développement.

Le processus de reconnaissance par le gouvernement est lancé, et nous espérons que ce dernier adoptera une loi reconnaissant la Société de la Croix-Rouge du Soudan du Sud dans les semaines à venir. En parallèle, nous avons lancé le processus d’adhésion de la Société au Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge.

Est-ce que le fait que le CICR soit actif au Soudan du Sud depuis 1984 facilite son travail ?

La majorité des membres de l’actuel gouvernement connaissent très bien le CICR parce qu’ils l’ont côtoyé tout au long de la dernière guerre. Ils ont une vision largement positive du travail que le CICR a accompli durant toutes ces années. Ils lui sont toujours très reconnaissants du travail qu’il a effectué, notamment dans le domaine de la santé, car ils l’associent très vite aux hôpitaux que nous avions à l’époque, celui de Lokichokio au Kenya, par exemple, qui traitait les blessés du SPLA.

Nous n’avons donc pas besoin de jeter les bases d’une nouvelle relation, mais la nature de la relation existante va quelque peu changer. Du fait que les anciens responsables de l’opposition armée sont désormais au gouvernement, nous devrons leur rappeler au besoin leurs responsabilités et obligations accrues envers la population sud-soudanaise.

Quelle est la structure actuelle du CICR au Soudan du Sud ?

Le cordon ombilical avec Khartoum a été coupé et notre bureau principal de Juba rapporte désormais au siège de Genève. En plus de Juba, nous conduisons également des activités depuis nos structures à Wau et Malakal. Au Soudan du Sud, nous avons actuellement quelque 220 collaborateurs, dont environ 40 expatriés, que nous allons renforcer prochainement avec des capacités logistiques et administratives additionnelles.

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