Human Rights Watch demande des poursuites judiciaires contres Bush
“Torture et impunité : L’administration Bush et les mauvais traitements infligés aux détenus“, tel est le nom d’un rapport de plus de 100 pages que vient de publier l’ONG Human Rights Watch. Un rapport dans lequel l’organisation dresse le bilan et alerte sur les pratiques douteuses ayant eu lieu sous l’ère Bush dans certains centres de détention. Au centre de l’attention évidemment, la torture des prisonniers et une pratique bien particulière : le “waterboarding“. Le principe est simple : le prisonnier est attaché à une planche inclinée, les jambes levées et la tête légèrement plus basse que les pieds. On lui enveloppe la tête de cellophane et de l’eau lui est versée dessus. Les réflexes de suffocation s’enclenchent alors et une peur panique de la noyade force le prisonnier à supplier que l’on arrête le traitement.
La question n’est pas de savoir si de telles pratiques ont eu lieu. La CIA a reconnu officiellement, en février 2008, avoir recouru, avec les autorisations nécessaires, à cette méthode lors d’interrogatoires à Guantanamo sur au moins trois prisonniers.
La question est de savoir si cette technique, qui est qualifiée par Human Rights Watch de “simulacre de la mort”, doit être considérée comme un acte de torture (pour l’ONG, c’est une évidence) auquel cas, il faut que les Etats-Unis entament des poursuites envers les responsables et ceux qui ont autorisé de telles pratiques. Pour Human Rights Watch, le rapport pointe du doigt certains des plus hauts responsables politique de l’Amérique post 11 septembre :
“L’ancien président George Bush a publiquement reconnu avoir approuvé dans deux cas le recours à la pratique du “waterboarding, une forme de simulacre d’exécution s’apparentant à une quasi-noyade, que les États-Unis ont depuis longtemps considérée comme une forme de torture ayant mené à des poursuites judiciaires (…) L’ancien vice-président Dick Cheney a été le principal instigateur de l’élaboration des politiques illégales de détention et d’interrogatoire (…) L’ancien secrétaire d’État à la Défense Donald Rumsfeld a approuvé des méthodes d’interrogatoire illégales; il a suivi de près les interrogatoires de Mohamed al-Qahtani, notamment les interrogatoires coercitifs menés durant une période de six semaines au centre de détention de Guantanamo (…) L’ancien directeur de l’agence centrale de renseignement CIA George Tenet a autorisé et supervisé le recours par les agents de la CIA au ‘waterboarding’, aux positions de stress, aux techniques de la lumière aveuglante et du bruit assourdissant, à la privation de sommeil et à d’autres méthodes d’interrogatoire abusives“.
“Il existe des raisons solides d’ouvrir une enquête concernant l’autorisation par Bush, Cheney, Rumsfeld et Tenet d’actes de torture et de crimes de guerre” explique simplement Kenneth Roth, directeur executif de Human Rights Watch, qui espère aujourd’hui que Barack Obama donne le feu vert pour éventuellement pouvoir traîner les responsables présumés en justice. Problème, l’actuel locataire de la Maison Blanche ne semble pas avoir mis ce dossier dans la pile prioritaire. Il se montrerait même frileux à lancer des investigations poussées pour tout ce qui touche de près ou de loin aux tortures perpétrées par des soldats américains envers des détenus. Déjà en 2008, alors qu’il l’avait dans un premier temps promis, le président américain avait décidé de ne pas diffuser les photos des séances de torture organisées par les militaires.
Une nouvelle fois, malgré l’insistance de Human Rights Watch et d’autres organisations qui militent pour les droits de l’Homme, Barack Obama semble faire la sourde oreille et considérer que ces agissements sous l’ère Bush font partie du passé, ce qui agace passablement Kenneth Roth : “Le président Obama a traité le recours à la torture comme s’il s’agissait d’un choix politique regrettable et non d’un crime. Sa décision de mettre fin aux pratiques d’interrogatoire abusives risque d’être réversible tant que l’interdiction légale de la torture ne sera pas clairement rétablie”.
Les États-Unis ont une obligation légale d’enquêter sur ces crimes (…) Si les États-Unis ne prennent pas les mesures qui s’imposent, d’autres pays devront le faire” ajoute-t-il. Voila d’où pourrait venir le salut pour Human Rights Watch, de l’étranger et peut-être plus particulièrement de l’Europe ou associations et gouvernements ont fait preuve de motivation pour obtenir les mises en examen des “commanditaires” des actes de torture. Lors de la dernière visite de Donald Rumsfeld en France par exemple, des associations avaient porté plainte contre l’ancien ministre américain, plainte rejetée par le parquet, en raison de l’immunité ministérielle de ce dernier. Autre exemple, l’Espagne qui a subi des pressions de la part des Etats-Unis pour stopper une enquête concernant les procédés d’interrogatoires de certains prisonniers selon des câbles diplomatiques révélés par Wikileaks. En attendant Kenneth Roth adresse un message clair à la Maison Blanche : “Lorsque le gouvernement américain met ses propres représentants à l’abri d’enquêtes et de poursuites judiciaires, il permet à d’autres pays de rejeter plus fermement toute initiative internationale visant à traduire en justice les auteurs de crimes graves”.
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