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Khmers Rouges : histoire et enjeux d’un procès historique

28 juin 2011 1 684 lecture(s) Aucun CommentaireBuzzer cet article !

Ils sont 4 vieillards dans le box des accusés : Khieu Samphan, ancien chef d’Etat du Cambodge, l’ancien ministre des Affaires étrangères Ieng Sary, son épouse et ancienne ministre Ieng Thirith, ainsi que Nuon Chea, ancien numéro 2 des Khmers Rouges. Tous comparaissent depuis lundi à Phnom Penh dans un procès que beaucoup qualifient d’historique pour le pays. Ils sont accusés de crime contre l’humanité, ségrégations raciales et religieuses, tortures, meurtres, violation des conventions de Genève de 1949 ayant mené à la mort directe ou indirecte de plus d’1 millions de cambodgiens durant les années 70 et plus particulièrement entre 1975 et 1979, période de règne des Khmers Rouges sur le pays.

Pol Pot et la révolution
Les Khmers Rouges, actifs dans les années 70 étaient une formation politique aux inspirations déclarées marxistes et maoïstes. A leur tête, un fils de paysan devenu leader d’une révolution : Pol Pot. Avec le soutien de la Chine, ils renversent en 1975 le pouvoir du général Lon Nol, qui avait lui même renversé le Prince Norodom en 1970. Parvenus à la tête de l’Etat, les Khmers Rouges installent la Kampuchea démocratique, un régime qui n’a de démocratie que le nom. En haut de l’organigramme Khieu Semphan, président du Présidium d’État, entouré de Pol Pot (Premier ministre et leader idéologique) et Nuon Chea, numéro 2 du parti Khmer. En seulement 4 ans, le gouvernement va détruire les fondations du pays et provoquer la mort d’un quart de sa population. Certaines villes sont désertées et détruites par ordre des hautes instances. La pratique religieuse est interdite, les écoles fermées, la monnaie supprimée. Des milliers de cambodgiens sont enfermés dans des fermes collectives, forcés à travailler jusqu’à mourir d’épuisement, de maladie ou de malnutrition. Des milliers d’autres seront tout simplement exécutés, les Khmers ayant une certaine tendance à invoquer des complot envers son autorité. Une vidéo de l’INA résume ces 4 ans d’horreur.

Ces années de tyrannie seront stoppées par l’intervention de l’armée vietnamienne en 1979, chassant les Khmers Rouges du pouvoir pour mieux les y réinstaller : le gouvernement succédant à celui de Pol Pot, sera en effet composé d’anciens Khmers, mais ayant toutefois officiellement rompus tout lien avec leurs anciens dirigeants. Par exemple Hun Sen, Premier ministre depuis 1984, était un ancien Khmer ayant fuit au Vietnam à la fin de l’année 1977. Pol Pot et ses comparses n’abandonneront pas le Cambodge pour autant mais, des années de guérilla et négociations finiront par faire disparaitre officiellement le mouvement au début des années 90. Pol Pot mourra 8 ans plus tard, sans jamais avoir été arrêté, laissant derrière lui un pays qui vivra encore longtemps avec les stigmates de sa douloureuse histoire.

Une procédure interminable
Pol Pot jamais jugé, c’est dire toute l’importance que revêt le procès qui rassemble ses plus proches collaborateurs. James A. Goldston, président de l’organisation Open Society Justice Initiative explique que ce procès est capital à deux niveaux. D’abord pour les cambodgiens dont certains “attendent depuis des années que la justice fasse son travail, alors que pendant longtemps on a éludé la question des crimes des Khmers Rouges“. Ensuite au niveau international puisque “les USA ont, pendant des années, fournis un soutien diplomatique aux Khmers Rouge (qui luttaient contre le Vietnam, allié de l’URSS ndlr) (…) Ce procès est un pas en avant crucial pour effacer la tâche de l’impunité“.

Toujours selon Goldston, ce procès est aussi un moyen de tester la légitimité et la crédibilité de la justice cambodgienne (largement remise en cause par la défense depuis l’ouverture du procès) : “la justice doit être rendue avec transparence, en accord avec les règles internationales, en respectant la défense, les victimes et l’accusation. Cette affaire a valeur de test pour la cour dans son aptitude a suivre correctement les procédures“. La clé de ce procès sera, pour l’accusation, de démontrer les liens directs qui existent entre les bourreaux supposés et les nombreux crimes qui leur sont reprochés ainsi que de prouver que toutes ces atrocités ont été perpétrées “dans un but commun” par les accusés. Dans le cas présent, une révolution et la défense des intérêts des Khmers Rouges face à de prétendus ennemis internes au parti et à leurs soutiens externes.

Ce n’est en tous cas que le début du procès et il n’est même pas sûr que les accusés soient encore en vie au moment du verdict final. L’affaire pourrait durer encore des années étant donné l’épaisseur du dossier et sa complexité.



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