Nabeel Rajab, le visage de la démocratie à Bahreïn
Bahreïn, un peu à l’écart de l’épicentre du “printemps arabe” n’échappe pourtant pas aux aspirations de libertés qui touchent le Moyen-Orient. Mais dans le pays du roi Hamad II, les manifestations ne durent jamais bien longtemps. Le régime a immédiatement fait appel à l’aide de l’armée saoudienne pour contenir, au nom de “la sécurité de l’Etat”, tout “zèle” des manifestants. La levée de l’état d’urgence récemment n’a par ailleurs rien changé. Les dissidents ne se montrent plus, de peur de violentes représailles et de peines de prison, l’armée quadrille encore les rues.
Dans ce climat hostile, il y a un homme qui continue, depuis des années, à se battre pour le respect des droits de l’homme à Bahreïn. Nabeel Rajab, président de l’organisation “Bahrain Center for Human Rights” est une des figures nationales du combat contre les excès du gouvernement en place, qui selon lui, bafouent allègrement les droits des citoyens. Ses aspirations lui ont attiré nombre d’ennemis et de problèmes : maison attaquée au gaz lacrymogène, violences physiques, interdiction de quitter le territoire sur ordre du roi. Il a vu ses soutiens se réduire progressivement, pourtant sa lutte se poursuit et c’est avec la même conviction qu’il continue à dénoncer tout ce qui n’est pas acceptable : détentions massives et abusives, morts en prison, disparitions, procès militaires, banalisation de la torture, discriminations envers les chiites ou destruction de leur mosquée rappelle Human Rights First.
Son combat est délicat, il le sait bien, d’autant plus que la justice bahreïnie ne plaisante pas avec ceux qu’elle considère comme des fauteurs de troubles. Les arrestations et les condamnations continuent de pleuvoir peu importe qui se dresse dans le box des accusés. Encore récemment, Mohammed Salman Majid Hassan, âgé de seulement 15 ans a été condamné à deux ans de prison pour “manifestation et rébellion”. Ayat Alqurmozi, poètesse âgée de 20 ans a elle écopé d’un an ferme pour “manifestation et trouble de l’ordre public”, alors que son seul crime manifeste semble être d’avoir lu un de ses écrits en public. Les manifestants sont donc enfermés un à un et l’effet est réussi pour le gouvernement: les protestations s’estompent. Si la prison n’est pas automatique on recenserait également plus de 2000 personnes qui auraient perdu leur travail pour avoir participé à des manifestations.
Nabeel Rajab est donc l’un des derniers à oser dire ce que la population semble penser tout bas : le pays doit évoluer, le gouvernement doit mettre en place des changements en profondeur et respecter son peuple. Et si tout le monde est d’accord avec lui, peux osent le montrer au grand jour. Human Rights First explique cela par une scène symptomatique de la situation. Dans la rue, ce combattant des droits de l’Homme est reconnu, apprécié, les gens s’attroupent autour de lui. Il suffit qu’un appareil photo surgisse et la situation change, tout le monde s’éloigne, personne ne veut être assimilé de près ou de loin à Nabeel Rajab par peur de représailles.
Ce dernier sera d’ailleurs sûrement au centre d’un procès prochainement, accusé d’avoir rendu publiques des photos d’un prisonnier décédé après les tortures subies pendant un interrogatoire des autorités bahreïnies.
Dans la vidéo ci-dessus (en anglais), Nabeel Rejab, interrogé par la télévision américaine, dénonce le traitement reservé aux dissidents par la police et recense “aux moins 30 morts et 800 prisonniers” parmi les manifestants. Il alerte aussi sur l’interdiction du territoire en vigueur pour les médias étrangers, mise en Å“uvre par le gouvernement : “Ils veulent bloquer l’accès à l’information, empêcher les gens de voir les abus commis envers les droits de l’Homme (…) Ma page Twitter et mon profil Facebook sont devenus l’un des derniers endroits d’information sur ce qui se passe à Bahreïn, ce qui énerve le gouvernement. C’est pour cela que je vais me retrouver au tribunal. Mais cela ne me forcera pas à arrêter”.
Le travail de Nabeel Rejab commence toute de même à porter ses fruits, même si cela reste pour le moment bien symbolique: la Fédération Internationale de l’Auomobile a finalement décidé que la saison en cours du championnat du monde de formule 1 ne ferait pas escale à Bahreïn en octobre comme cela était initialement prévu, en raison du climat qui règne actuellement sur le pays. Des pilotes et anciens pilotes ont d’ailleurs pris la parole pour appuyer cette décision. Mark Webber d’abord, expliquant “qu’on le veuille ou non, la F1 et le sport en général ont une conscience et une responsabilité sociale. J’espère que l’on aura l’occasion de revenir à Bahreïn, mais ce n’est pas le bon moment maintenant.” Un point de vue que partage l’ancien champion du monde Damon Hill : “Nous (le monde du sport automobile ndlr) aurions du vivre pour toujours, associés au fléau de la repression pour maintenir l’ordre (…) La formule 1 doit rimer avec progression et non repression et beaucoup de manifestations dans ce pays ont été brutalement réprimées.”
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