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Libération de Battisti : retour sur 30 années entre cavale, prison et liberté

9 juin 2011 1 362 lecture(s) Aucun CommentaireBuzzer cet article !

Cesare Battisti, l’ancien membre du groupuscule des “Prolétaires armés pour le communisme”, est libre. La Cour Suprême brésilienne a prononcé jeudi 9 juin sa libération et sa non extradition vers son pays d’origine, l’Italie. Accusé d’homicides et de complicité d’homicides dans 4 affaires différentes entre 1978 et 1979, lorsqu’il faisait parti des PAC, mouvement d’extrême gauche considéré comme une bande armée et dangereuse, il a été condamné par contumace à la réclusion à perpétuité, en 1988 par la Cour de Milan. Seulement, Cesare Battisti, s’il a connu plusieurs incarcérations n’a jamais passé le moindre jour derrière les barreaux en Italie, depuis cette condamnation.

L’histoire de cet ancien activiste d’extrême gauche est, à bien des égards, complexe. Dès sa jeunesse, divers petits délits, l’ont conduit en prison. Sa filiation au mouvement des “Prolétaires armés pour le communisme” aussi, pour “appartenance à une bande armée” en 1979, alors que l’Europe est plongée dans “les années de plomb. Après deux ans de prison, ses anciens camarade des PAC lui permettent de s’évader et il rejoint alors le Mexique en 1981.

C’est à cette période que son implication dans 4 affaires d’assassinats sera évoquée, puisque son nom est lancé par un repenti des PAC collaborant avec la police. Commence alors une enquête, avec comme éléments des dossiers saisis par la police dans les planques de l’organisation ainsi que des analyses balistiques. Des éléments qui amèneront à la condamnation par contumace (il ne s’est jamais présenté au tribunal) de Cesare Battisti à la réclusion à perpétuité en 1988. Poursuivant sa vie au Mexique, Battisti, après plusieurs petits boulots, commence à à travailler pour des journaux sur place et lance une revue littéraire, Via Libre. Pourtant en 1990, il décide de quitter sa vie “paisible” en Amérique Centrale et de revenir en Europe, en France. François Mitterand au pouvoir depuis 1981 avait déclaré à l’époque que les activistes des groupuscules d’extrême gauche pouvaient rejoindre la France sans risquer l’extradition ou des poursuites, à la condition de déposer les armes et de rompre avec leur passé. Cesare Battisti entame alors une carrière d’écrivain, de romans policiers principalement, en même temps qu’un travail de gardien d’immeuble. Au-delà de la bienveillance du gouvernement français, il peut compter sur le soutien d’une partie des intellectuels français et de la presse de gauche.

Pour autant, sa vie à Paris va prendre un virage avec l’arrivée de Jacques Chirac à la présidence de la République. En 2004, pour des raisons qui ne sont pas encore éclaircies (plaintes de voisins, menaces), Cesare Battisti est arrêté par la police et incarcéré. L’Italie demande une nouvelle fois son extradition. L’arrestation provoque un tollé de la part de ses nombreux soutiens. La mairie de Paris demande sa libération, affirmant que le prisonnier a toujours respecté les engagements dictés à l’époque par François Mitterand. De nombreuses personnalités montent également au créneau, de Bernard Henry-Lévy à Georges Moustaki en passant par Guy Bedos pour empêcher le renvoi de Battisti en Italie. En première ligne on retrouve la romancière, chercheuse et archéologue Fred Vargas, qui s’est beaucoup intéressée à l’affaire et a même noué des liens forts avec l’accusé. Elle ne croît tout simplement pas à sa culpabilité et voit des raisons politiques plus obscures à son arrestation.

Sentant son extradition imminente, Battisti se soustrait à la justice française avant un contrôle judiciaire et fuit une nouvelle fois en Amérique, au Brésil cette fois-ci, et de façon très discrète. Cela ne l’empêchera pas d’être une nouvelle fois arrêté sur place, en 2007, avec l’aide des autorités françaises, ce qui ne manquera pas de soulever une nouvelle polémique :

Démarre alors une nouvelle bataille judiciaire. L’Italie demande une nouvelle extradition de Cesare Battisti. Le prisonnier réclame pour sa part le statut de réfugié politique.

Les autorités brésiliennes tergiversent. Le procureur général de Brasilia est favorable à l’extradition, pas le ministre de la Justice. Finalement c’est à la Cour Suprême du Brésil de faire un choix. Le verdict est tombé le 9 juin après 4 ans de procédure :  Cesare Battisti est libre et obtient par la même occasion, le statut de réfugié politique.

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