Une pétition pour abolir la peine de mort en Biélorussie
On l’appelle souvent “la dernière dictature d’Europe” : Le Bélarus, ou Biélorussie est né en 1990 à la suite de l’éclatement de l’URSS et reste à ce jour le seul pays du continent à ne pas appartenir au Conseil de l’Europe. A sa tête depuis 1994, un seul et même homme, Alexandre Loukachenko, réélu successivement en 2001, 2006 et 2010, suite à des scrutins souvent jugés par les observateurs internationaux comme étant loin de tous reproches. Recalé aux portes du Conseil depuis 1993, le Bélarus doit cette succession de refus à l’obstination de son président à ne pas se soumettre à certaines demandes indispensables.
Défiance face à l’Europe
En tête de liste, on retrouve l’application de la peine de mort, toujours d’actualité en Biélorussie, alors qu’elle a été abolie ou suspendue dans tous les autres Etats européens. Et ce ne sont pas les rappels à l’ordre du Conseil qui manquent, sans toutefois trouver de l’écho auprès des instances gouvernementales du pays. Pire, Alexandre Loukachenko se permet de répondre aux injonctions du reste de l’Europe de façon totalement déconcertante. Ainsi le 28 novembre 2007, René van der Linden, Président de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe et Terry Davis, à l’époque Secrétaire Général du Conseil de l’Europe, prenaient publiquement la parole pour demander à Loukatchenko de supprimer la peine de mort et surtout de bien vouloir épargner trois prisonniers alors condamnés à la peine capitale : Syarhey Marozaw, Ihar Danchanka et Valerii Gorbatii. En guise de réponse, le gouvernement biélorusse annoncera, le jour même, l’exécution d’un autre prisonnier, un policier du nom d’Alexandre Syarheychyk. Le Conseil de l’Europe en restera sans voix, tout juste René van der Linden, se déclarera “consterné” par la réponse de la Biélorussie.
Double discours
Quelques mois plus tard, en mai 2008, Loukachenko enfoncera le clou dans la défiance vis à vis du reste du continent à la tribune de l’ONU : “Malheureusement les pays européens sous estiment le rôle qu’à le Bélarus dans la lutte contre la criminalité dans le monde. Nous sommes une barrière efficace contre le mal qui circule de l’Est à l’Ouest ou de l’Ouest à l’Est (…) Nous souhaiterions que l’Europe nous reconnaisse à notre juste valeur pour la grande contribution qui est la nôtre dans la lutte contre le terrorisme, le trafic d’arme, de drogue et d’éléments radioactifs“. Ou comment vouloir devenir un héros international, alors que l’on est considéré comme un despote dangereux pour son propre peuple. Car à Minsk, on considère encore que 14 crimes différents, selon Abolition.fr, peuvent être passibles de peine de mort : “la haute trahison, la conspiration visant à s’emparer du pouvoir, le terrorisme, les actes terroristes contre un étranger, le sabotage, le banditisme, les actions visant à troubler l’ordre dans les prisons, l’homicide prémédité avec circonstances aggravantes, le viol commis par une personne déjà condamnée pour le même délit ou ayant induit de graves complications ou bien commis sur un mineur, la tentative d’homicide d’un policier, d’un militaire ou de leurs parents proches, le détournement aérien qui a causé la morts ou d’autres conséquences graves, et plusieurs délits relatifs au service militaire en temps de guerre“.
Jugement sans appel
Année après année, si le nombre de condamnés fluctue, voire diminue, la peine capitale est encore appliquée. Amnesty International recense 30 exécutions en 1999, 10 en 2000, 7 en 2001 etc. Pour 2010, aux moins deux biélorusses ont été exécutés : Andreï Jouk et Vassily Youzeptchouk. Le premier a été reconnu coupable de double homicide et d’attaque à main armée, aidé par deux complices (qui ont écopé de peines de prison). L’avocat d’Andreï Jouk a pointé du doigt le mauvais traitement appliqué à son client pendant son incarcération, ainsi que des violations de procédure lors de son interrogatoire. Le second a lui aussi été jugé coupable de meurtres. Les deux partageaient la même cellule. Leurs recours en grâce auprès du président ont été rejetées. Il est de plus à noter qu’il est impossible pour les condamnés à mort de faire appel de leur jugement. Si l’on peut noter une baisse tout de même significative du nombre de condamnés à mort en 11 ans, il faut néanmoins y apporter un bémol : ces chiffres restent des estimations, les annonces des condamnations à mort n’étant pas forcément ébruitées et donc difficiles à comptabiliser.
Une pétition pour lutter
Toujours est-il que quelque soit le crime ayant entraîné la peine de mort, cette sentance ne devrait simplement plus être appliqué, de l’avis d’Amnesty International, surtout qu’elle reste exécutée de façon assez crue : une balle dans la nuque (qui ne suffit pas forcément… pointe l’organisation). L’ ONG a donc décidé de lancer une pétition afin de pousser Alexandre Loukachenko à supprimer cette sentance. D’autant plus que depuis une révision de la constitution datant de 2004, il est clairement indiqué que le président de la Biélorussie et le Parlement ont le pouvoir de supprimer la peine capitale.
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