Honduras : des airs de dictature
Juges, médias et défenseurs des droits de l’Homme sont contraints au silence. Le coup d’État du 28 juin 2009 a plongé le pays dans une vague de violence, d’enlèvements et d’assassinats. L’oligarchie au pouvoir ne tolère aucune forme d’opposition. Dans l’indifférence de la communauté internationale, le Honduras d’aujourd’hui ressemble bel et bien à “une dictature qui ne dit pas son nom”, selon le quotidien argentin Página 12. Mais en surface, “rien de tout cela n’est visible” : les militaires ne sont presque plus présents dans les rues désertées par les manifestations et les écoles, les entreprises comme les hôpitaux ouvrent et ferment leurs portes “comme si de rien était”.
Quand l’élite règne
Soutien de premier plan du coup d’État, les puissants imposent maintenant leur autorité sur le pays. Porfirio Lobo, président controversé, fait lui-même partie de cette élite. Lors de son éviction, Manuel Zelaya était en train d’entreprendre une politique plus égalitaire vis-à -vis des populations pauvres du Honduras. Une politique économique très mal vue par l’oligarchie hondurienne et les investisseurs étrangers qui détiennent toutes les richesses du pays et “exerce un contrôle considérable sur l’économie, le système judiciaire et les institutions politiques du pays”, explique un rapport du Bureau pour la démocratie, les droits humains et le travail du département d’Etat américain, repris par Le Monde Diplomatique.
Miguel Facussé Barjum est une figure emblématique de cette oligarchie hondurienne. Oncle de l’ancien président Carlos Flores Facussé (1998-2002), il est à la tête d’un groupe agroindustriel, Dinant, fabriquant de l’huile de palme. Selon un journal allemand, la compagnie s’est emparée, avec la complicité du gouvernement de Tegucigalpa, des terres de 700 familles d’agriculteurs dans le Nord du pays, où est récoltée l’huile de palme. Les meurtres de 23 paysans, d’un journaliste et de sa femme ont été imputés au groupe de Miguel Facussé, rapporte le journal allemand Welt Sichten.
Meurtres en série
Les exécutions sont presque devenues habituelles au Honduras. Le nombre d’assassinats d’opposants depuis le putsch de juin 2009 ne cesse d’augmenter. “Tous les deux ou trois jours, des jeunes, certains encore vêtus du T-shirt de la consultation populaire promue par le président déchu Zelaya en vue de réformer la constitution avant le coup d’Etat, apparaissent morts dans les faubourgs de Tegucigalpa, la capitale, les mains attachées et visiblement torturés“.
Mais, à l’heure actuelle, “les exécutions ne sont pas le seul problème, il y aussi la persécution politique, et la stigmatisation comme politique d’État“, soulignait récemment la défenseure des droits de l’homme Berta Oliva, reprise par Página 12.
Aucun recours n’est possible pour les familles des victimes, les magistrats et juges n’osent plus juger ces familles. Ils ont retenu la leçon depuis que cinq des magistrats et un défenseur du Peuple (équivalent du médiateur de la République) ont été révoqués par la Cour suprême, complice numéro un de l’armée, alors qu’ils avaient remis en cause publiquement le coup d’État de 2009.
La presse muselée
La presse pâtit fortement de la répression imposée par le pouvoir. Le 10 mai dernier, un journaliste de la chaine de télévision Omega Visión a été tué par balles. « Le motif professionnel du crime paraît hautement probable, sachant que la victime dénonçait régulièrement à l’antenne les irrégularités de gestion de la municipalité dont il était résident, ainsi que des conflits terriens impliquant des éleveurs de la région », explique Reporters sans frontière.
Les principales cibles restent néanmoins les radios communautaires qui critiquent davantage le régime de Porfirio Lobo. Maisons saccagées, incendiées, agressions, menaces… sont le lot quotidien des journalistes de ces petites stations, comme Radio Coco Dulce ou Radio Uno. Et, sans véritable enquête, ces crimes restent toujours impunis. La plupart des médias s’alignent donc sur l’opinion du pouvoir. En avril dernier, Arnulfo Aguilar, le directeur de Radio Uno était l’objet d’une tentative d’attentat. Si la presse hondurienne en parlé, elle reste très évasive sur les auteurs de l’agression. Le quotidien Tiempo ne mentionne à aucun moment les forts soupçons qu’Arnulfo Aguilar porte sur l’armée.
En tout, une quinzaine de journalistes honduriens auraient été tués depuis le putsch du 28 juin 2009.
Regardez l’interview de Christophe Ventura réalisée par l’IRIS, sur les enjeux du coup d’état en Honduras :
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