La Poste: une réforme qui risque de coincer
Les députés ont entamé, mardi 15 décembre, l’examen du projet de loi réformant le statut de la Poste, afin d’en faire une société anonyme à capitaux publics. Reporté déjà de plusieurs semaines, le débat promet d’être chaud à l’Assemblée. Déjà mardi, en ouvrant les travaux, le ministre de l’Industrie Christian Estrosi a réfuté toute idée de privatisation de La Poste. “La seule ambition du projet, c’est de donner toute sa chance à La Poste” a-t-il répété. Selon lui, la modernisation est rendue indispensable par l’ouverture du courrier à la concurrence dans un an, le 1er janvier 2011. La Poste a besoin de 2,7 milliards d’euros d’argent frais et seule la transformation de son statut lui permettrait de les obtenir.
Recours et demande de referendum
Mais l’opposition est vent debout contre ce projet, suspecté de préparer une privatisation de la Poste. Le débat sera long, puisque les députés socialistes ont d’ores et déjà annoncé qu’il déposerait un recours devant le Conseil constitutionnel, ce qui retardera une éventuelle application du projet après son adoption, qui n’interviendra pas avant début janvier.
Le socialiste François Brottes a demandé également l’organisation d’un referendum populaire sur le sujet. Plus de 2 millions de personnes s’étaient exprimé en octobre dans une votation informelle contre le changement de statut et la privatisation de la Poste. Le rapporteur UMP du projet de loi, Jean Proriol, a stigmatisé cette “votation au titre accrocheur et mensonger”. Un vrai réferendum a peu de chances d’être organisé, parce que le gouvernement ne le veut pas. De plus, le sujet risquerait d’enflammer les esprits.
Mauvais climat et repoussoir France Télécom
Cette discussion parlementaire tombe au plus mal pour le gouvernement et pour Nicolas Sarkozy. Car le climat social s’est tendu ces dernières semaines, avec les grèves dans les transports publics et des revendications salariales qui se font jour dans plusieurs secteurs. L’opinion publique, très attachée à la notion de service public, et donc aux postiers, risque de voir dans cette réforme de la Poste une insécurisation supplémentaire. Après les questions soulevées par la réforme sur les collectivités territoriales, c’est un autre pan des services de proximité qui peut donner le sentiment d’être menacés. Dans les régions rurales, la Poste est souvent le dernier service public encore présent.
De plus, le rapport sur l’état déplorable du climat chez France Télécom, après la vague de suicides, ne peut qu’attiser le sentiment que la course effrénée à la « compétitivité » se paie toujours d’un prix social très lourd. Si le sort de la Poste ressemble un jour à celui de France Télécom, il y a peu de chances que sa réforme soit très populaire…
Bref, ce texte pourrait cristalliser un ensemble de mécontentements et symboliser un changement dont la finalité n’est pas évidente.
A l’heure où les paquets doivent arriver sous les sapins, la réforme du statut des postiers risque d’être perçue comme une menace sur le statut du Père Noël!
Le débat au Sénat, début novembre, avait déjà été animé par quelques manifestations comme on peut le voir sur cette vidéo
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